Jeune prodige = artiste en devenir ?
Un artiste véritable est un être qui a des sentiments, des pensées et un comportement noble. Il doit avoir une grande musicalité, une interprétation impeccable et un bon caractère. Shinichi SUZUKI
Voici un petit prodige canadien, Marc-André Gauthier (né en 1978), capté à l’âge de onze ans dans le Concerto no.2 de Wieniawski avec le Longueuil Symphony Orchestra.
Beau violon, justesse appréciable, technique saine. A onze ans, Marc-André avait certainement développé une solide passion pour cet art. Pourtant, cela ne semble pas l’avoir propulsé sur le chemin de la gloire (même si son parcours est tout à fait enviable) : combien de ces prodiges traversent-ils les méandres tumultueux les conduisant à l’âge adulte ?
Pour faire davantage connaissance avec ce violoniste, découvrez son site web qui regorge d’extraits musicaux. Merci à lui pour ces moments “libres de droits”.
Plus d’infos
www.marcandregauthier.com - site internet du violoniste Marc-André Gauthier
9 septembre 2009 à 14:14
Comme quoi, on peut être un véritable artiste sans être (très) connu. Ce que beaucoup d’organisateurs de concerts et festivals font semblant de ne pas comprendre…
12 octobre 2009 à 1:33
Je suis aller voir Marc-andre interpreter le concerto no.1 de bruch ,il y a une semaine. C’était tout simplment magnifique.. Il est tres dommage par contre qu’il n’ai pas percé comme il aurait pu..
3 novembre 2009 à 20:07
J’ai entendu une élève de 8 ans hallucinante de Zakhar Bron, c’était il y a 12 ans, elle jouait Paganini les doigts dans le nez. Elle dit avoir 20 ans maintenant, j’aimerais savoir si elle est encore dans le circuit…
29 novembre 2009 à 10:05
Marc-André : déjà, il eût fallu qu’un “agent” ou un papa vigilant exigeât que le diffuseur de cette vidéo gardat les applaudissement finaux, probablement nourris… ça doit commencer comme ça…
22 août 2010 à 20:52
Je vous invite à découvrir le prodige d’origine ukraino-hongroise, né en Suisse à Lausanne en décembre 1985, Geza Hosszu Legoczky. Il vit actuellement en Belgique. C’est un proche de Martha Argerich. Voici un article du Monde de la musique en 2005. Géza Hosszu-Legoczky
Le violon incandescent
Olivier Bellamy, Le Monde de la Musique.
Le violoniste d’origine tsigane Géza Hosszu-Legoczky révèle une autre façon de vivre la musique. Un volcan en éruption permanente. Qu’il joue de la musique tsigane ou le répertoire classique, il fascine son auditoire.
Les tsiganes disent que si un enfant a un très grand talent, cela se voit dans ses yeux. Ceux de Géza Hosszu-Legoczky étaient brûlants. « Je ne tenais pas en place. Je jouais avec tout ce qui me passait par la main. Je me suis calmé dès qu’on m’a donné un violon. » Il avait 5 ans et le violon ne l’a plus quitté.
Quand on entend Géza Hosszu-Legoczky, on est saisi par la fièvre incandescente de son jeu. Il y a quelque chose de totalement démoniaque dans sa virtuosité, mais rien de froid, de distant, car c’est un torrent d’amour qui conduit son interprétation. Géza est un artiste extrêmement rare qui joue à chaque fois comme si c’était la dernière fois, comme s’il allait mourir après. On est bouleversé par l’urgence de son jeu et l’aura tragique qui l’entoure.
« Un son qui arrache le cœur ».
Le violoniste Renaud Capuçon, qui l’a rencontré au Festival de Lugano et qui a même joué une pièce de Wieniawsky, nous fait part de sa fascination : « Le première fois que je l’ai entendu dans le Rondo Capricioso de Saint-Saëns, j’ai eu la chair de poule. C’est un jeu totalement instinctif, un son qui arrache le cœur. On a l’impression de le voir se consumer devant nous. Chaque note est une flamme, et c’est aussi une brûlure. Il me fait penser à Michael Rabin, l’ange du violon fauché en plein vol. »
Les hasards de la vie ont fait naître Géza à Lausanne, une ville aussi peu tsigane que possible, mais ses racines sont bel et bien hongroises.
Le célèbre pianiste Georges Sziffra est un cousin de son grand-père. La musique a toujours été une affaire familiale chez Géza. « Quand j’étais enfant je voulais toujours jouer avec mon père »
A six ans, il a décidé qu’il irait étudier à l’académie de Vienne. Son examen de passage a dû être un peu comme celui du jeune danseur Billy Elliot au Royal Ballet, dans le film éponyme. La violoniste Dora Romanoff-Schwartzberg est tombée de l’armoire en l’entendant. Cette artiste qui a souvent joué avec Sviatoslav Richter avant d’enseigner à l’académie de Vienne a tout de suite senti qu’elle était en présence de quelqu’un d’exceptionnel, un vrai diamant noir…
Né le même jour que la Callas.
Le grand professeur de chant Elvira Hidalgo a dû ressentir le même mélange de fascination et d’inquiétude en entendant Maria auditionner au conservatoire d’Athènes. D’ailleurs, Géza est né un décembre, le même jour que la Callas… et comme la Divine, le jeune Géza entretient des rapports difficiles avec sa mère. « C’est une femme intelligente et courageuse », nous confie pudiquement le violoniste. Impossible d’oublier qu’elle a travaillé comme femme de ménage dans un hôtel de Vienne pour payer les études de son enfant surdoué. C’est à l’âge de sept ans que Géza a participé à sa première tournée de concerts en France et en Italie. A dix ans, il faisait sensation à Moscou.
La mort de son père alors qu’il n’avait que douze ans l’a profondément atteint.
C’est à cette époque que sa mère a décidé de rentrer à Lausanne. « J’étais amoureux d’une fille à Vienne. C’était affreux, je pleurais tout le temps. » Géza a profité de son passage en Suisse pour étudier à Sion avec le grand Tibor Varga, qui l’a accueilli à bras ouverts. « J’étais heureux de travailler avec quelqu’un de la vieille école qui pouvait m’enseigner le secret d’un vibrato naturel. » A quatorze ans Géza est repartir étudier à Vienne. Deux événements marquent cette année là. Il reçoit le violon de son grand-père, cérémonie sacrée chez les tsiganes, et il rencontre Martha Argerich. « Je connaissais le jeu de Géza depuis trois ans parce que Dora, son professeur m’avait montré une vidéo, nous confie la grande pianiste. J’ai tout de suite été enthousiaste. »
Il est unique
C’est grâce à Martha que Géza a pu être engagé au Festival de Verbier, au Festival de Beppu au Japon ou au Festival de Lugano. La fine fleur du violon l’adopte aussitôt. Il se lie d’amitié avec Nigel Kennedy, Vadim Repin, Ida Heandel, Renaud Capuçon, Ivry Gitlis. Avec Martha Argerich, il joue la sonate de Franck te le public lui fait un triomphe.
Parallèlement au répertoire classique, Géza continue à jouer de la musique tsigane avec son groupe The Five Devils pour ne pas cesser de chanter dans son arbre généalogique et rendre ainsi hommage à ses ancêtres. Dans cette musique hallucinée, Géza Hosszu-Legoczky révèle une folie extraordinaire et porte le public à incandescence.
Avec ses manières de mauvais garçon, sa bouille de sauvageon, d’écorché vif, Géza détonne dans le monde policé de la musique classique. Son jeu n’est pas « politiquement correct », il n’est pas académique, quoi qu’il rappelle bien souvent la tradition et le son des grands violonistes du passé. Comme toutes les natures à part, il dérange les habitudes. « Je joue avec le cœur et je ne suis pas un robot du violon », dit-il. Mal à l’aise dans la vie, Géza devient réellement lui-même – flamboyant, déchirant, bouleversant - dès qu’il se met à jouer.
Son art est aussi fondé sur un partage total. Il faut l’avoir vu face à son partenaire au sein des Five Devils, un violoniste et guitariste slovaque, chacun se consumant l’un et l’autre avec une joie féroce. Quand il a joué avec lui, Renaud Capuçon, Renaud Capuçon a ressenti immédiatement cette fusion incroyable. « Nous sommes très différents stylistiquement, mais nous nous sommes entendus tout de suite, comme par magie » se souvient-il.
Comme le dit simplement Martha Argerich : « il est unique ». Tout est dit. Reste à l’entendre jouer, c’est-à-dire l’aider à respirer.
http://il.youtube.com/watch?v=Py0XdoYMYOw&feature=channel