Question de com-pé-ten-ces…

13 août 2009 par Eli

Bible moderne de tous les directeurs et inspecteurs qui se veulent dans l’air du temps, voici donc les quatre socles de compétences*, indispensables à l’apprentissage du violon en Communauté Française de Belgique.

L’intelligence artistique de l’élève
A savoir sa capacité de perception de la cohérence d’un langage artistique

La maîtrise technique de l’élève
A savoir sa capacité de dominer l’utilisation des éléments techniques propres à chaque spécialité

L’autonomie de l’élève
A savoir sa capacité de découvrir, de développer et de produire seul une activité artistique de qualité équivalente à celle que la formation lui a permis d’atteindre

La créativité de l’élève
A savoir sa capacité de se servir librement d’un langage artistique connu de lui ou élaboré par lui en vue d’une réalisation originale

*Socle de compétence : référentiel présentant de manière structurée les compétences de base à exercer jusqu’au terme de la formation artistique et qui sont à maîtriser à la fin de chacune des étapes de celle-ci.

Sans revenir sur la pertinence de l’intitulé ci-dessus, des mots restant des mots comme nous l’a tant enseigné le poète français Stéphane Mallarmé (le pouvoir sacré du Verbe), je voulais vous faire partager à travers une vidéo, ce que certains aujourd’hui verraient comme la sublimation du quatrième socle (créativité).

Cela se passe à Fontenay le Vicomte en 1989 (loin de toutes les innovations pédagogiques actuelles). Le grand violoniste Ivry Gitlis improvise avec Evan (4 ans) et Rebecca (7 ans).

Le résultat est-il formidable ? Très ludique, bonne rigolade des enfants. C’est sûr, ce grand Monsieur fait des choses très drôles avec son violon …  Le but n’était visiblement pas pédagogique.

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4 commentaires

  1. Par PDC

    C’est sympathique…

    “Les mots restent des mots” : c’est très juste… Que veut dire le mot “créativité”? Est-ce de la créativité, ce qu’on observe dans cette vidéo? L’un des enfants a-t-il “créé” quelque chose? C’est Ivry Gitlis qui crée quelque chose, en improvisant sur l’ostinato de l’enfant qui joue la même note… mais l’enfant, crée-t-il? Par rapport à cette vidéo, je pense que parler de créativité dans le chef de l’enfant relèverait de l’abus de langage…même (ou surtout!) si l’on se réfère à la définition officielle mentionnée ci-dessus (”la capacité de se servir librement d’un langage artistique connu de lui ou élaboré par lui en vue d’une réalisation originale”)… : De quel langage artistique s’agirait-il ici? La pratique de l’ostinato sur note unique? Quant à la “réalisation originale”, encore une fois, c’est celle de Monsieur Gitlis. Soyons sérieux et honnêtes.
    Mais l’expérience n’en est pas moins sympathique, valorisante pour l’élève (très important!), agréable, ludique assurément, et cela reste un moment de musique. (Le résultat sonnait çà et là, avec le dernier enfant, comme des échos “à la Chostakovitch”…).
    Je pense que la créativité est subordonnée aux trois autres premiers socles : c’est quand on a assez de maîtrise technique (et ça ne doit pas nécessairement être de haut vol, ça peut se résumer à une maîtrise basique); c’est quand on dispose de suffisamment d’intelligence artistique (pour mettre son acte créatif en perspective, avec ses tenants et aboutissants); c’est quand on est autonome enfin; qu’on “créera”, peut-être, quelque chose.
    Même si on peut éventuellement le déplorer (mais c’est un autre débat), rappelons quand même que l’art musical occidental reste très majoritairement un art de reproduction, et non un art de production : le musicien-instrumentiste est un exécutant, il ne crée pas, il reproduit : il joue une oeuvre existante et déjà écrite. Le compositeur, lui, crée. Le musicien d’orchestre, non. A l’exception de la musique ancienne (réalisation de basse continue à vue p.ex.), de la pratique des organistes (improvisations sur thème donné), du jazz (impros en tous genres), ou de certaines pages de musique contemporaine pointue (jeu aléatoire sur notes données), ou… les plages de créativité du musicien-instrumentiste sont inexistantes ou étroites. Il y a bien sûr l’interprétation personnelle, mais est-ce, à nouveau, “créer”??
    Tout ce qu’on demande à un musicien (d’orchestre, en particulier), c’est de jouer sa partition (-selon les injonctions éventuelles du chef d’orchestre-), sans créer quoi que ce soit.
    Alors, créativité?
    Je pense (sans en être sûr) que les “4 socles” sont communs à TOUT l’enseignement artistique, y compris les arts plastiques. Là, évidemment, la créativité sera beaucoup plus immédiatement au rendez-vous : l’aquarelliste part toujours d’une feuille blanche, comme le sculpteur d’un bloc de pierre ou d’une motte de glaise…
    D’où la difficulté à transposer la créativité “chez nous”…

  2. Par Lel

    Mignon…
    Pour le reste, cette terminologie des socles (rien que ce mot m’énerve) me tape de plus en plus sur le système!!! Créativité: on met tout et n’importe quoi sous ce nom. Arrêtons de penser, comme un inspecteur dont je tairai les nom, que n’importe qui peut improviser avec n’importe quel instrument, même en n’ayant jamais fait de musique! C’est vraiment de la démagogie imbécile, à l’image de cette réforme à la c…!! Alors, créativité, oui, je pense qu’elle est peut être utile (mais tout le monde n’en a pas toujours ni le don, ni l’envie), mais pas n’importe quoi, et surtout pas au détriment du reste de la formation. Certains me trouvent réactionnaire et vieux jeu? Vous savez quoi? Je n’en ai cure!

  3. Par Eli

    Ivry Gitlis improvise, certes, mais en utilisant des bribes du répertoire du XXè siècle. Art de reproduction donc, jusque dans l’improvisation !
    Effectivement, il me semble que l’improvisation (puisque c’est donc cela la créativité en musique?) exige à la fois une maîtrise technique, une intelligence artistique et une autonomie accomplie, mais encore, me semble-t-il un petit brin de génie que tous n’ont pas. Cela ne fait pas d’eux pour autant de piètres musiciens…
    Ivry Gitlis est un musicien extraordinaire, doublé d’un artiste doué d’un talent d’improvisateur. Il raconte qu’enfant il improvisait sur son violon en lisant des BD pour faire croire à sa mère qu’il travaillait son violon ! Petit filou…

  4. Par Lel

    C’est ce que je disais: tout le monde n’est pas doué pour l’impro ou la composition, et tout le monde n’en a pas nécessairement le désir non plus. La créativité obligatoire est un non-sens, même si je suis d’avis d’essayer avec tous.

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