Caitlin, Beethoven virus
Née à Chingola, Caitlin a grandi à Kitwe (Zambie). Elle commence le violon à l’âge de 5 ans et monte sur scène dès 9 ans.
Cette entame de biographie est pour le moins classique, et je dirais même certainement tout à fait commune… Mais ensuite, la notice biographique nous indique ceci : elle n’a sérieusement jamais suivi de formation classique, mais sa place est sans aucun doute sur scène avec son violon électrique. Elle vit pour la scène (et les paillettes) et cet amour de la scène est évident pour tous (“She has never been seriously classically trained but her place is undoubtedly on the stage with her electric violin, she lives for the spotlight and her love of performing is obvious to all.”)
Précisions techniques
Surtout, à ne pas imiter…
1. Le coude droit est beaucoup trop haut ! Théoriquement, l’arrière-bras doit être positionné parallèlement à l’archet.
2. Le coude droit est bien mis, l’arrière-bras est détendu. Mais le petit doigt est toujours raide, ce qui donnera forcément un changement d’archet rugueux au talon…
Cela commence à se préciser : violon électrique (pas classique), formation x (pas classique), nom de scène original (pas nom et prénom). Et si cela n’était toujours pas suffisant, ajoutez une world first : un violon laser !
Non, vous ne rêvez pas, ce genre de show existe vraiment (je n’irai pas jusqu’à user du mot “concert” pour ce type de bazar).
Voici donc du classique pas classique (à l’instar du Klarafestival) ou… si la musique classique s’écoutait autrement (dixit TF1). Me voilà donc dans l’air du temps, du décalé, mixte, contrasté et je dirais même : du technologique !
Audience, visibilité et crédibilité, me direz-vous ?
Caitlin - Beethoven virus
Et voici l’original, pour vous rincer les oreilles (c’est bien mérité, non ?) dans trois versions (dont deux ne sont malheureusement plus écoutables en live…) : Horowitz, Gould et Pollini.
Ludwig von Beethoven - Sonate no.8 op.13 dite “Pathétique”
Troisième mouvement (Rondo, Allegro)
Vladimir Horowitz, piano
Ludwig von Beethoven - Sonate no.8 op.13 dite “Pathétique”
Troisième mouvement (Rondo, Allegro)
Glen Gould, piano
Ludwig von Beethoven - Sonate no.8 op.13 dite “Pathétique”
Troisième mouvement (Rondo, Allegro)
Maurizio Pollini, piano
Plus d’infos :
www.caitlin.co.za - site de la violoniste Caitlin
www.laserx.co.za - site de la société LaserX (nom décalé?) qui propose ce type de “laser light shows”


11 août 2009 à 18:06
Heu…vous croyez que TF1 et Klara pensaient à ça?!?
Pauvre Beethoven! Si au moins ce genre d’atrocité pouvait amener les gens à écouter l’original… Et heureusement que l’électronique camoufle son jeu, parce que hem…
11 août 2009 à 20:14
Cela est bien évidemment pris dans son extrême.
Mais où est donc la limite, entre du “vrai” classique, et du classique pas classique autrement ? Ces concepts de Klara et TF1 (pour ne citer que deux exemples de cette tendance) restent pour moi bien énigmatiques…
12 août 2009 à 0:03
Ceci n’est qu’une transformation qui n’apporte rien et dénature la pièce, mais bon, pourquoi pas?
Les limites entre les styles sont parfois bien floues, surtout lors des imitations. Le contre-exemple grossier ci-dessus en est une exception parmi d’autres, plus réussies. Un morceau classique peut parfois subir une transformation rock intéressante, mais ici…
12 août 2009 à 11:46
Quand on est incapable (ou qu’on n’a pas envie) de trouver un thème (je ne parle même pas de composer !), on doit bien en prendre un parmi ceux d’autrui ! On maquille ensuite le pillage sous le nom d’«hommage à … », et le tour est joué !
Cet article du blog me fait penser à un autre, d’octobre 2008 (voir archives), intitulé “Brahms noyé”, où l’on montre que c’est un thème de Brahms qui fut la malheureuse proie d’un certain Gainsbourg.
Mais soyons de bon compte : il y a de véritables chefs-d’œuvre parmi les transformations d’œuvres existantes; je pense bien sûr à Ravel et les célébrissimes Tableaux d’une Exposition de Moussorgsky : tout le génie orchestral de Ravel au service du récit pictural de chaque petit tableau pianistique…
N’est pas Ravel qui veut ! :
Quelqu’un se souvient-il de la transcription pour orchestre symphonique de la toccata&fugue BWV565 (celle que tout le monde connaît par overdose), commise par Leopold Stokowsky pour la première version de Fantasia de Walt Disney ? Je crois me souvenir de quelque chose d’assez lourd et banal, qui n’apporte guère à l’original.
J’aime bien la formulation de Lel pour cette exécution (c’est bien le mot!) de Beethoven par Caitlin : «une transformation qui n’apporte rien et dénature la pièce» : c’est exactement ça.
Il y a visiblement un public pour ça, comme il existe des gens qui préfèrent le McDo à la fine cuisine. C’est tant pis pour eux, mais c’est énigmatique, en effet. Quand je dis «visiblement», notons en effet l’aspect visuel très présent : la “violoniste” hyper branchée en latex blanc, positions hystériques, jeu de lumières et lasers (notons l’archet lumineux d’un effet exquis !), …serait-ce la promo d’un “concert” de Johnny Halliday ? Le public amateur vient sans doute pour satisfaire autant ses yeux que ses oreilles… ?
Bon, laissons Mademoiselle Caitlin à son marketing, quel bonheur d’écouter les trois interprètes proposés, Horowitz, Gould et Pollini.
Ah, Vladimir Horowitz ! c’est tout lui , ça : souple, ondulant, surprenant dans les nuances, très très romantique, et très personnel. J’ai toujours bien aimé ce pianiste au chant généreux, aux interprétations toujours très typées (davantage, je trouve, que celles de l’”autre” géant de la même époque, Arthur Rubinstein) .
Glenn Gould fait un peu “sec” à côté… Je dirais un peu “baroque”, ce qui ne surprend guère vu qu’il est un grand praticien de Bach au clavier. Et le tempo “arrache” un peu.
Maurizio Pollini est peut-être moins démonstratif à première écoute, mais propose quelque chose de fin et d’intelligent, comme toujours chez ce pianiste.
13 août 2009 à 9:40
J’ai également préféré Horowitz, très chantant. Gould est un peu trop rugueux et trop rapide. Pollini est bien aussi, mais un peu sirupeux.
13 août 2009 à 11:17
Horowitz me plaît énormément et le contraste est d’autant plus frappant avec ce pot-pourri electrico-violonistique… Pianiste mythique mort quatre jours avant la chute du mur (mur qu’il avait traversé pour s’enfuir d’URSS en compagnie du jeune violoniste Nathan Milstein), dont la sonorité et l’esprit restent inimitables.
Un beau témoignage de cette déjà “ancienne” génération, et déjà bien prophète de la nôtre : «Avec les directeurs artistiques, c’est toujours la même chose, il faut corriger toutes les fausses notes. Il en restait trois, j’en ai corrigé deux. Je suis un pianiste, pas une machine, la perfection est une imperfection.»
(www.tribunejuive.fr/Etes-vous-un-Horowitz)
13 août 2009 à 11:50
Du classique pas classique : concert “Variations tziganes sur les Saisons de Vivaldi” par le Quatuor Accordo ce dimanche au prieuré de Grandmont : Liviu Badiu (roumain), Martin Broniewski (polonais), Jérôme Capitan (savoyard) et Maëva Le Berre (bretonne). Cela donne dans la presse : “Une nouvelle approche bien sympathique de ces Saisons (de Vivaldi) si souvent entendues et parfois malmenées.”
(12.08.2009 dans le midilibre.com)
30 août 2010 à 22:21
Je me demande souvent ce qu’on appelle “une musique malmenée”. Et la prestation de cette Caitlin ne malmène pas la pathétique. Elle nous en donne un nouveau visage. Une musique malmenée serait celle qui est utilisée dans un mauvais contexte.
Les classiques ont leur gloire bien méritée, mais il ne faut pas négliger notre époque si généreuse en créations et interprétations.
Je ne demande pas de l’indulgence pour cette interprétation, je demande à ce qu’on observe avec plus d’attention la violoniste et que l’on écoute plus attentivement la musique. Découvrir de nouveaux sons devrait être un plaisir pour chacun. Découvrir de nouvelles attitudes face à la musique et à la vie devrait nous combler au lieu de nous agacer.
Je ne sais plus si c’est Beethoven qui disait “il n’y a pas de fausses notes, il n’y a que des interprétations, seules les fautes d’accord sont punissables”.
Laissons leur chance aux nouveautés et n’oublions pas de défendre les classiques quand ils sont mal utilisés.
25 octobre 2010 à 22:53
Vous vous demandez ce que l’on appelle une musique malmenée? Ben, vous en avez un exemple frappant ci-dessus. Ecoutez les bonnes interprétations de l’original proposées ici et vous comprendrez… Si ce n’est pas le cas, c’est très dommage.