Concours Reine Elisabeth : journée du vendredi 15 mai
La journée de ce vendredi fut fastueuse au Concours Reine Elisabeth.
L’après-midi a débuté par la traditionnelle épreuve du Mozart, épreuve de justesse et de style surtout. La chinoise Jing Zhang s’élançait la première, entrant dans le troisième concerto de Mozart par un coup d’archet poussé sur le premier accord, donnant un concerto coloré, détaillé, mais un peu conventionnel. Suivait le belge Lorenzo Gatto, qui a le mérite de faire un parcours sans faute jusqu’ici dans de vraies prestations de concours, (sans défaillances) qui le propulseront certainement en finale. Évitant l’erreur fatale qui aurait anéanti sa prestation de mardi, il donne un concerto tout en force et énergie, précision et intelligence, mais manquant tout de même à mon avis de tendresse, surtout dans le second mouvement. Le dialogue avec l’orchestre y était aussi quelque peu exagéré, le violoniste se retournant presque pour jouer avec le hautbois (mais il faut souligner que l’orchestre ne semblait pas très en forme pour l’accompagner). Sa prestation montre que le concours remplit tout de même l’un de ses objectifs : offrir une vitrine aux jeunes talents. Car, pensez-vous que si Lorenzo Gatto avait donné un concert, accompagné par l’orchestre de chambre de Wallonie un vendredi 15 mai à 15h30, la salle aurait-elle été remplie à craquer ???
Ensuite, les récitals nous ont fait découvrir deux pôles de la musique et deux attitudes de musiciens diamétralement opposées. En effet, certains musiciens (musiciennes?) comme Suyoen Kim mettent leur talent au service de la musique, et puis il y a ceux qui mettent la musique à leur service, comme Hrachya Avanesyan. La partition de Claude Ledoux en est d’ailleurs un témoin privilégié, voyant s’affronter une première version respectueuse du texte tout en offrant des couleurs et contrastes de sonorités et modes de jeu. La seconde version est démonstrative et bien plus éloignée de ce que nous a écrit le compositeur, une version revisitée dirons-nous. Certains tenteront un “oui mais dans du Ledoux, que peut-on faire” ? Et dans du Brahms alors, parce que le contraste était tout aussi marquant… La version de Suyoen Kim était d’une générosité, subtilité des textures, jeu d’ensemble de chambriste donnant un véritable récital, d’une humilité déconcertante. A souligner aussi que la partie de piano était magistralement tenue par Eliane Reyes, dont je pense qu’il est aussi bon de souligner la qualité d’interprétation tout au long des épreuves de ce concours. Dans Ysaye, la limpidité des traits démoniaques trouve aussi une maîtrise rarement entendue cette semaine, toujours au service de la partition (nullement dans le show du “voyez comme je fais bien mes octaves doigtées). Seul petit reproche, un peu d’emballement dans la fin de sa prestation, où elle termina à une vitesse v(…) son Rondo Capriccioso de Saint-Saens.
Hrachya Avanesyan donna (comme espéré précédemment sur ce blog), le Tzigane de Ravel, aux côtés des deux imposés et de deux mouvements de sa sonate de Brahms. Ce Tzigane, dont la fin tourna en véritable course aux notes, montra de nouveau qu’il ne s’agit pas toujours de séduire le public en lui faisant voir ô combien l’on joue vite, mais de respecter avant tout le texte et les nombreuses indications de nuances que Ravel a pris la peine d’indiquer sur cette dernière page, totalement absentes du jeu du violoniste.
La soirée réserva également son lot de beaux moments musicaux. Tout d’abord le Mozart de très grande classe que nous a offert l’américain Noah Bendix-Bagley, qui emporte dans son univers tout l’orchestre, que l’on sent de bien meilleure composition que pour Lorenzo. Les cadences sont imaginatives, intéressantes, bien menées, avec un brin de folie, mais toujours dans la mesure, jamais dans l’exagération. Ce violoniste nous fait oublier son récital, moins abouti que son excellent Mozart. Le chinois Jiafeng Chen qui le suit a choisi l’originalité en présentant le premier concerto de Mozart, une démarche qui n’est pas vraiment concluante, ce concerto n’ayant pas la même ampleur musicale que les trois autres. De nouveau, on retrouve un orchestre bien en forme, tout comme le violoniste, mais je ne suis pas sûre que son choix “hors sentiers battus” sera payant.
Les récitals ensuite nous ont de nouveau fait entendre deux personnalités contrastées. D’une part, la française Solenne Païdassi offre une prestation tout en crescendo, interrompue même par de chaleureux applaudissements au milieu de sa Fantaisie sur Faust. Son programme a une large connotation moderne (choix du jury) : un Ledoux un peu en demi-teintes, Ysaye avec de très belles choses (mais aussi des limitations techniques, on sent un peu d’appréhension), un Berio très bien assumé, un Szymanovski très inventif (tronqué par le jury) et enfin une pièce virtuose, enchaînement de traits de virtuosité dont elle parvient à tirer de la beauté et élégance.
Dalibor Karvay vient ensuite, infligent une sérieuse leçon de virtuosité aux 23 autres demi-finalistes et terminant avec panache sur une pièce de “gros bras” qu’est ce Carmen de Waxman. Malheureusement, je n’y (re)trouve pas un grand intérêt musical, sans que l’on puisse dire que c’est froid, je ne parviens pas à entrer dans son monde, où le show ne comble pas, pour moi, le manque d’originalité et de subtilité. Cela reste du violon-specacle, du reste très impressionnant.
16 mai 2009 à 13:41
J’ai entendu une petite partie du Mozart par L. Gatto dans ma voiture. C’était très engagé, avec une volonté d’aller chercher l’expression de façon absolue, mais sans exagération. Peut-être un rien trop conventionnel, mais je devrais le reécouter en entier et dans de meilleures conditions pour émettre un jugement plus définitif…
Le Carmen revu par Waxman, bof! Une musique dispensable, en effet.
En tout cas, bravo pour tes commentaires, Eli! Avec toi, si les élèves du CRM n’ont pas développé leur sens critique de l’écoute, c’est que ce sont des ânes!
16 mai 2009 à 13:58
C’est bien une compétition et non un concert, n’est-ce pas? Il me semble qu’il FAUT être un peu plus démonstratif dans une compétition versus un concert.
17 mai 2009 à 0:49
Le jury a en tous cas préféré la version “concert”…
17 mai 2009 à 2:36
Quand-même…