Concours Reine Elisabeth : journée du mardi 12 mai
Ce soir au Conservatoire, une belle soirée Mozart s’annonçait au Concours Reine Elisabeth, avec deux véritables musiciens (qui m’avaient captivée dès la première épreuve), à savoir Solenne PAIDASSI et Dalibor KARVAY. Mais difficile d’entrer dans la salle : beaucoup de monde certes, mais surtout la porte permettant au public d’accéder à la salle était réquisitionnée par la télévision pour les besoins du reportage, et ce au-delà même du moment ou la sonnette retantit pour indiquer le début imminent du concert. Et alors surprise, en arrivant dans la salle, on entend un orchestre et un violoniste dans un concerto de Mozart, un bref moment d’hésitation, on n’aurait tout de même pas commencé sans le public. Ouf, ce n’est que la fin de la répétition de Dalibor Karvay avec l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie… (mais il est 19h58!)
Après une très brève pause, l’orchestre revient en scène et on peut débuter. Marlène de Wouters entre en scène pour présenter les candidats, mais voilà, elle a oublié à quelle page se trouve le programme de la première candidate… Heureusement qu’il se trouve une brave dame à l’avant de la salle pour lui souffler le numéro !
Et le show peut enfin commencer…
La première des deux candidats, Solenne PAIDASSI était souriante, rayonnante, élégante et son Mozart refléta, par effet de miroir, ces prénommées qualités. Cette fois, la technique était au rendez-vous et la musicienne semblait décontractée, ayant une réel plaisir à jouer, osant même, sur la fin de la prestation, quelques instants de complicité avec les musiciens. Mon étonnement, cependant, fut d’entendre l’habituelle cadence de ce quatrième concerto (de Joseph Joachim, peut-on me dire ce que cet inspirateur de Brahms a de mozartien ?), car au vu de sa lecture du Bach, lors de la première épreuve, je m’attendais à quelque chose de plus particulier. L’interrogeant sur la question, Solenne Païdassi m’a répondu qu’elle avait préféré jouer celle-là cette fois-ci. Cela m’incite à conclure qu’il ne faut pas trop bousculer les membres du jury…
Frappant, le contraste entre les deux violons des candidats : Solenne joue un violon de Giuseppe Ornati de 1924, prêté par la fondation « Deutschen Stiftung Musikleben ». Quant à Dalibor KARVAY, il paraît que c’est un Strad (à vérifier…). En tous cas, ce soir, le violon de Dalibor était englouti par moments par l’orchestre, et souvent les résolutions de ses appoggiatures étaient inaudibles (du moins d’où je me trouvais dans la salle, pourtant à une “bonne” place, dans une loge environ quatre rangs derrière le jury). A part ces questions accoustiques (renforcées par la disposition de l’orchestre, violoncelles au centre ?), j’ai pu retrouver avec plaisir l’aisance technique de ce candidat, la beauté de sa sonorité mais, un peu à l’instar de son Bach, j’ai été un peu décue par un Mozart que j’ai trouvé un peu usé, quelconque (tout en étant très musical, mais sans originalité) : pour un novice, ce pourrait être une version magnifique, pour quelqu’un qui connaît le concerto par coeur, simplement une version parmi d’autres, du déjà entendu. La cadence est judicieusement choisie, c’est celle de David Oistrakh, à la fois extrêmement virtuose, mais excellente, je trouve, d’un point de vue compositionnel (je me demande toujours si c’est vraiment lui qui l’a écrit?).
Que dire du reste de la journée, si ce n’est que, de nouveau, je n’ai pas entendu grand chose… Il est évident que la presse locale, régionale et nationale couvrira certainement très largement la prestation de notre compatriote Lorenzo GATTO, qui semble avoir fait une magnifique impression. En tous cas, Claude Ledoux m’a confié tout à l’heure que le plus belle version de sa pièce (l’imposé “V…”) avait été donnée cette après-midi par Eliane REYES ! Bravo Eliane, mais… c’est une pianiste ! (pianiste officielle du Concours Reine Elisabeth)
Enfin, une petite interrogation glissée en passant : un candidat comme Hrachya AVANESYAN, élève à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth a-t-il un avantage quelconque lorsqu’il joue avec l’Orchestre de Chambre de Wallonie, dont le directeur artistique (et chef) n’est autre qu’Augustin Dumay (le professeur de violon, “grand maître en résidence” à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth et bientôt membre du jury du Concours, lors de la finale) ????
Toutes les prestations sont disponibles entièrement ici. Elles sont également diffusées en direct à la radio (musiq3) et des extraits passent sur la chaïne de télévision LaDeux.
12 mai 2009 à 23:05
Que voulez-vous dire par ce commentaire à propos d’Avanesyan? Il me semble que ce site est très négatif et injuste envers lui. Il faut quand même atteindre un certain niveau pour pouvoir étudier à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth, n’est-ce pas? Il n’est pas rendu au demi-finale seulement parce qu’il connaît Dumay, quand même…
13 mai 2009 à 2:14
Pour rentrer à la Chapelle, il faut certes un excellent niveau, mais pour se retrouver lauréat d’un concours comme celui-ci, c’est une autre paire de manche… Et n’avez-vous jamais remarqué que quasi systématiquement, TOUS les candidats de la Chapelle se retrouvent au moins en demi-finale du concours, et ce depuis pas mal d’années? Quand en plus, on voit ce qu’est devenue cette Chapelle, à savoir une entreprise privée, avec un minerval à payer de 15000€ (!), et où les musiciens étrangers sont largement majoritaires, on se dit que la volonté de la Reine Elisabeth a été bien trahie. Ajoutons que si certains professeurs ont une aura extraordinaire en tant qu’interprètes, comme pédagogue, c’est autre chose. En outre, ils ne sont que peu présents. Heureusement qu’il y a d’excellents assistants.
Bref, la Chapelle est manifestement devenue un espèce de machin à forte valeur ajoutée, une vitrine de communication gérée par des chefs d’entreprise. Oui, le niveau de la Chapelle reste excellent, c’est sûr, mais au-delà de cela, il y certaines choses qui ont de quoi rendre soupçonneux. Je n’affirme rien, mais je me pose de plus en plus de questions…
13 mai 2009 à 2:57
D’accord…vous avez peut-être raison pour soupçonner certaines choses, mais il y a 4 autres candidats de la Chapelle….pourquoi cette injustice contre un en particulier? On devrait plutôt critiquer sa performance et non ses liens avec la Chapelle. C’est tout ce que je voulais dire.
13 mai 2009 à 8:19
Avanesyan n’est qu’un exemple, et sa prestation aux éliminatoires a fortement déçu. Certains le comparent à son compatriote Katchatrian, alors que vraisemblablement, il serait loin d’en avoir le niveau. Je n’ai du reste pas l’impression d’un acharnement de la part d’Eli.
13 mai 2009 à 9:35
Sur ce blog, dont la nature n’est pas d’être un média objectif mais des impressions personnelles, il me semble ne pas avoir été injuste (est-il injuste de ne pas apprécier quelque chose, ou de se poser des questions ?). Hracha est le premier candidat de la Chapelle à se produire avec l’Orchestre, voilà pourquoi…
Question prestation, voici mon impression sur ce que j’ai entendu de son Mozart d’hier : une bien meilleure prestation qu’aux premières épreuves, mais toujours hors style, comme l’était d’ailleurs son Bach la semaine passée (mais que vaut-il mieux, du hors style musical ou pas de style du tout…). Son programme de récital, emprunt de romantisme, lui permettra certainement de mettre en valeur ses qualités, qui dans Mozart dénotent un peu, mais pourraient ici être payantes (pour peu qu’il soigne aussi bien sa justesse), avec plutôt Ravel (Tzigane) que Chausson (Poème).
13 mai 2009 à 10:01
Le violon de Solenne Païdassi est un Lorenzo Ventapane de 1795, prete par la “Deutsche Musik Stiftung” de Hamburg, elle n’avait pas encore reçu ce violon (Mars 2009)à l’époque ou les renseignements ont été donnés pour le concours.
13 mai 2009 à 10:22
Merci pour cette précision !!! (je me suis basée sur les infos de son site web) Voilà pourquoi j’étais dubitative quant à ce violon de 1924… Ce violon lui va à merveille en tous cas, et bravo à elle pour avoir su s’y adapter en si peu de temps !
13 mai 2009 à 22:00
Voilà donc ce mystère résolu…
13 mai 2009 à 22:39
Je voudrais répondre à Lei qui trouve “Bizarre quand même, cette systématisation des étudiants de la Chapelle de réussir la présélection, et pour la majorité d’entre eux, de se retrouver en finale…” (NB: pour ce qui concerne le violon cette année, nous ne pouvons pour l’instant parler que de demi-finale).
Je comprends qu’à priori, on puisse trouver cela “bizarre”. Mais il ne faut pas oublier que les candidats au concours ont déjà été l’objet d’autres sélections en amont:
1) tous les étudiants de la Chapelle sont entrés dans l’école sur concours, et d’ailleurs avant les examens d’entrée, une présélection des candidats est souvent réalisée (notamment pour les candidats étrangers, ce qui permet d’éviter des déplacements coûteux à ceux qui n’ont pas le niveau)
2) en ce qui concerne les candidats au concours, il ne s’agit que des meilleurs éléments de la Chapelle (ou des plus avancés), d’autres étudiants en violon de la Chapelle n’ont pas présenté leur candidature, car ils n’ont pas (encore) le niveau qui leur aurait permis d’être présélectionnés. Il s’agit donc là d’un autre élément de sélection interne, la Chapelle faisant ainsi, il me semble, preuve de responsabilité en ne présentant que des candidats ayant un niveau suffisant pour être non seulement présélectionnés, mais également pour pouvoir passer la première épreuve.
Je pense que cette façon de considérer les choses peut nous aider à considérer d’une façon plus objective une situation qui, à première vue pourrait effectivement nous sembler…” bizarre”!
13 mai 2009 à 22:41
Réponse à Lei:
Vous êtes de nouveau bien négatif(ve) par rapport à la Chapelle!
Peut-être devriez-vous réfléchir dans une autre direction. La nouvelle Chapelle a de nouveaux maîtres qui ont une carrière vraiment internationale, une aura également internationale, une discographie à l’avenant. Ils sont donc connus et familiers, dans la vie des jeunes musiciens sur tous les continents. Il est donc organique et normal que des jeunes musiciens internationaux de très haut niveau soient attirés par la Chapelle et désirent venir travailler avec ses trois maîtres. Quant à des prétendues connexions entre le concours et la Chapelle, vous n’avez pas dû raisonner sur un point très important: si des maîtres de la Chapelle peuvent se trouver dans le jury, se trouvent également dans ce même jury un très grand nombre de musiciens et professeurs enseignant dans des écoles concurrentes et venant avec leurs propres étudiants. Pensez-vous qu’ils aient intérêt à favoriser les élèves de la Chapelle ? Bien sûr que non !
14 mai 2009 à 0:08
Etre un un interprète de niveau internationale ne fait pas nécessairement un bon prof.
Hors, il y en a certains à la Chapelle qui ne sont manifestement pas des pédagogues. Ce n’est pas moi qui le dit, mais plusieurs musiciens qui ont eu cours avec eux, à la Chapelle ou ailleurs.
Il y a certainement des connexions entre cette dernière et le concours, puisque certains administrateurs se trouvent des 2 côtés. Le problème est sans doute là. En outre, je trouve anormal que des professeurs de la Chapelle fassent partie du jury du concours. Bien sûr, il est extrêmement difficile, voire impossible d’avoir comme membre du jury quelqu’un qui ne risque pas d’avoir été le professeur d’un candidat, mais on pourrait au moins limiter les possibilités les plus évidentes. Certes, il y a des membres du jury qui viennent du monde entier, encore heureux, sinon, on aurait peut-être des résultats encore plus étranges. Mais bizarrement, certains ne restent pas à toutes les étapes du concours et sont remplacés par d’autres. Et quand je vois qu’un des profs de la Chapelle se trouve non seulement dans le jury, mais en plus dirige l’orchestre accompagnant les candidats, donc forcément ses propres élèves, je me dis qu’il y a quelques chose qui cloche. Et ne trouvez-vous donc pas curieux que sur 24 candidats retenus, il n’ y ait pas moins de 4 qui viennent de la Chapelle? Soit presque tous ceux qui se sont présentés au concours depuis le début. Et encore, le seul qui n’était pas présent aux éliminatoires avait dû se désister pour cause de tendinite, autrement, qui sait, il y en aurait eu peut-être encore un de plus. Et c’est systématique depuis quelques années, comme par hasard depuis que la Chapelle est devenue privée…
Encore une fois, je n’affirme rien, mais je trouve tout ceci assez étrange…
Ah, au fait, je ne suis ni violoniste, ni chanteur, ni pianiste…
16 mai 2009 à 17:33
Dommage, ces vaines attaques, quand une prise d’information objective aurait permis de savoir que:
- l’orcw n’est pas dirigé par son chef habituel, Augustin Dumay, pendant ces demi-finales, et ne risque donc pas de favoriser les élèves de ce dernier
- les jurés qui comptent un élève parmi les candidats ne peuvent exprimer de vote à son endroit.
Les administrateurs de la Chapelle et du Concours sont présents et disponibles pour ce type de questionnements - certes bien légitimes, mais qui gâchent le plaisir à force de voir des complots partout…
16 mai 2009 à 20:35
Sans en être sûr (les règlements changent…), n’y a-t-il pas un système de pondérations pour compenser le fait qu’un membre du jury ne peut pas coter un candidat qui est ou a été son élève? De toute manière, Chapelle ou autre Ecole, et même sans insinuer qu’il y aurait “magouille”, n’est-il pas simplement humain que les membres du jury puissent avoir tendance à noter plus favorablement les poulains de leurs ‘hôtes’, qui feront de même lorsqu’ils se retrouveront dans d’autres jurys internationaux?
17 mai 2009 à 1:05
Pour répondre à Cori, effectivement, le chef durant les demi-finales n’est pas Augustin Dumay mais Augustin Dumay est bien le chef habituel de l’orchestre, qui a donc l’habitude de jouer “à sa manière”. Voilà pourquoi je me pose cette question (ou cette vaine attaque, c’est comme vous l’entendez), qui ne concerne pas seulement le candidat précité (qui a été entendu ce mardi et suite à la prestation duquel je me suis posée cette question), mais les quatre candidats issus de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth. Aussi, par exemple, il me semble que Hrachya AVANESYAN a joué le 13 décembre 2008 à Namur en soliste avec l’Orchestre de Chambre de Wallonie son concerto de Mozart (sous la direction d’A. Dumay) et ce n’est certes pas le seul concert qu’ils ont donné ensemble. Cela me semble donc un avantage, même si ici le chef n’est pas le même.
17 mai 2009 à 1:13
Pour répondre à anon.XXI, malheureusement, le règlement du concours de violon 2009 n’est plus disponible à la consultation sur le site du concours, mais une copie est disponible sur le blog de la rtbf à l’adresse suivante :
http://blogrtbf.typepad.com/files/vio2009_fr-1.pdf
17 mai 2009 à 1:41
A Cori: Je me suis mal exprimé sur A. Dumay, mais par rapport à sa fonction de chef, la réponse d’Eli ci-dessus me semble claire. Et ces infos dont vous parlez ne me sont pas inconnues. Si un membre du jury ne peut voter pour son élève, il peut par contre voter contre les autres pour compenser… Certes, beaucoup de concours fonctionnent de la sorte, mais cela restera toujours la porte ouverte aux manoeuvres et manipulations.
Bref, tout ceci ne change en aucun cas mes soupçons, qui ne sont que tels, je le rappelle…
17 mai 2009 à 8:58
J’avais toujour entandu que pour gayner un concour faut jouer comm un bon eleve, puisqu le joury est composé des prof.
La preuve la petite francaise est en finale.
La personalité du candidat derange le membres du joury qui gagne leurs vie en donant des leçones
A tous les non finalistes bonne route
G
17 mai 2009 à 14:13
A Hofi: je pense que vous avez une idée fausse de ce que sont les profs, surtout ceux d’un tel niveau. Idem pour les concours… Quant aux résultats des concours, ils ne sont pas toujours explicables, mais ici, Païdassi n’est pas en finale, donc…
18 mai 2009 à 12:33
Il n’y a aucune recette pour gagner un concours musical (ou même artistique au sens large).
En effet, cela ne peut pas s’expliquer de manière objective, c’est le résultat d’une subjectivité collective. N’est-ce pas Bartok qui disait à ce propos “les concours sont pour les chevaux, pas pour l’art” ?