Concours Reine Elisabeth : la première épreuve

9 mai 2009 par Eli

Le Concours Reine Elisabeth a déjà atteint la fin de son premier tour.  67 candidats ont découvert notre pays (et ont été découverts par notre pays), enfin, disons plutôt qu’ils ont surtout découvert notre vétuste conservatoire (les ministères de la culture successifs ne trouvent guère les moyens de le rénover…). Tout à l’inverse de cette déchéance, on notera la présence en notre ville de très nombreux instruments de qualité, violons de grande lutherie, prêtés par de généreux mécènes (fondations, banques, collectionneurs privés), ou de très élégantes robes de soirée (cotoyant parfois des chemises blanches mal repassées, mais qu’importe!).

 

Programme présenté

Le programme comportait une seule œuvre avec piano, qui est un imposé, donc jouée par tous  les candidats : cette année, c’est le Premier Concerto BB 48a de Bela Bartok qui a été retenu. Ce concerto, écrit en 1907-1908 et dédié à son amour de jeunesse, la violoniste Stefi Geyer (mais seulement publié en 1958, bien après la mort du compositeur et après la mort de la dédicataire) à l’originalité de ne comporter que deux mouvements. Le jury a choisi, à l’issue du tirage au sort,  de nous faire entendre 68 fois le premier mouvement, Andante sostenuto. Ce choix a semble-t-il surpris  un certain nombre de candidats (s’attendant plutôt à défendre un second mouvement plus virtuose). Il m’a par contre réjoui, car on ne peut se lasser de l’écoute d’un tel joyau.

 

Le reste du programme comportait une épreuve de feu : trois caprices de Paganini (à extraire parmi les 24). Encore fallait-il bien les choisir, pour se mettre un tant soit peu en valeur (voir les staccatos par exemple), ou pour ne pas trop se déforcer (le 2, marqué moderato, permet donc la lenteur). Le jury a choisi, comme d’habitude, deux des trois caprices proposés par le candidat (ce choix est annoncé 2 jours à l’avance au concurent). Malheureusement, c’est souvent le moment de ressentir des techniques pas assez solides, des accrocs et dérapages, des risques perdus, une pointe de fatigue parfois, souvent une épreuve qui n’est donc pas réjouissante ni concluante (ou plutôt si, cela devient la constatation facile des imperfections). Diabolique…

 

Enfin, côté “sommet de la musique occidentale”,  c’est un Bach bien sûr. Trois choix s’offraient aux candidats : sol mineur, la mineur ou do majeur. A chaque fois, le premier et second mouvement (qui consiste en une fugue), amputé d’une horrible coupure dans tous les cas. La question qui se pose alors : comment, dès lors, faire entendre quelque chose de réellement architecturé ? Faut-il s’arrêter abruptement, ou faire semblant d’apercevoir la double barre finale au bout de la portée (en gros, faut-il amener cette “fausse” fin?). Globalement très peu d’intérêt, musicalement parlant pour l’ensemble des prestations, souffrant peut-être de la jeunesse des candidats, ou encore de prestations stéréotypées, dont “à la russe” (lent et appuyé). Peu de relectures originales, ou inspirées quelque peu du mouvement “baroqueux” (Païdassi). La surprise vient certainement du continent asiatique, qui nous fait découvrir dans cette musique, des subtilités qui ne nous avaient jamais interpelées : le son, dans toute sa beauté, qui conduit les voix inérieures, nous fait cheminer à l’intérieur de la hiérarchie des accords. Merci à eux, qui ont su revenir de la génération des “ordinateurs” pour nous noyer dans la volupté de la sonorité (il faut dire que tous les instruments de “lutherie” de luxe ont une facheuse tendance à se retrouver de ce côté-là de la planète).

 

Jury
Les membres du jury de cette première épreuve étaient : Yuzuko HORIGOME, Lewis KAPLAN, Min KIM, Boris KUSCHNIR, Mihaela MARTIN, Igor OISTRAKH, Gérard POULET et Vera TSU, entourés de Arie Van Lysbeth, président du jury (et Président du Comité artistique de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth, membre du Comité exécutif du Concours Reine Elisabeth, président de la Fondation Chapelle Musicale Reine Elisabeth, Membre du conseil d’administartion du Concours Reine Elisabeth).

 

Désistement

Leonid Smorguner [Russie], n’a pas pu jouer jeudi soir. Le motif évoqué : raisons médicales (tendinite). Malgré le report de sa prestation à samedi, il a été contraint à l’abandon (et voilà pourquoi il est le seul candidat de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth à ne pas passer en demi-finale).

 

Sonnette

La sonnette du président a encore une fois retenti cette année, arrêtant abruptement la prestation de Tee Khoon Tang. Mais n’est-ce pas se désavouer soi-même que de révéler haut et fort que l’un des 83 candidats sélectionnés (sur 145 tout de même) n’aurait pas le niveau du concours. Erreur de casting ? Rappelons que le jury des présélections comportait 5 des 9 personnalités (la majorité) du jury des premières épreves… (Yuzuko HORIGOME, Lewis KAPLAN, Igor OISTRAKH, Gérard POULET et Arie VAN LYSBETH)

 

Résultats

Les heureux élus, 24 au total : liste des demi-finalistes.

 

Podcasting

Pour ceux qui souhaitent réentendre les prestations des candidats, elles sont disponibles ici.

1 commentaire

  1. Par Lel

    Les asiatiques prendraient-ils le dessus musicalement? En tout cas dans Bach, mais dans Bartok? A confirmer, l’instrument ne faisant pas tout, même si ça aide grandement.
    Quant au jury, celui-ci nous montre qu’il n’est donc pas toujours cohérent dans ses choix…

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