Né le 10 décembre 1908 à Avignon, Olivier Messiaen est le fils de la poétesse Cécile Sauvage. Ce compositeur français occupe une place unique au panthéon des artistes compositeurs du vingtième siècle. En temps que pédagogue, il a eu une influence marquante sur plusieurs générations de compositeurs, qui furent ses élèves : Pierre Boulez, Marius Constant, Antoine Duhamel, Gilbert Amy, François-Bernard Mâche, Paul Mefano, Karlheinz Stockhausen, Iannis Xenakis, Tristan Murail, Gérard Grisey, Kent Nagano, George Benjamin, Alain Louvier, Alain Mabit, Betsy Jolas et j’en passe…
Catholique convaincu, Messiaen est organiste à l’Église de la Trinité à Paris, et l’on vient de loin pour écouter ses merveilleuses improvisations lors des offices. Bon nombre de ses œuvres sont d’ailleurs d’inspiration chrétienne.
Son langage musical, au style personnel très reconnaissable, puise à différentes sources d’inspiration : la couleur (modes à transpositions limitées), le plain-chant, les rythmes exotiques (rythmes hindous, métrique grecque), les chants d’oiseaux… A noter à ce propos que Messiaen était expert en ornithologie ! Il était également un grand fan de l’Onde Martenot, instrument inventé en 1928 par Maurice Martenot.
Olivier Messiaen - Quatuor pour la fin du temps
Louange à l’Immortalité de Jésus
Vladimir Spivakov, violon - Boris Bekhterev, piano
Considéré à juste titre comme l’un des sommets de la musique de chambre du xxe siècle, le Quatuor pour la fin du Temps a été écrit en 1941 dans des conditions de privation extrême, alors que Messiaen avait été fait prisonnier.
Il faut vous dire que se trouvaient, en même temps que moi, au même stalag, le clarinettiste Henri Akoka, le violoniste Jean le Boulaire et le violoncelliste, très célèbre, très connu, Étienne Pasquier, qui faisait partie du Trio Pasquier.
Alors, j’ai écrit pour eux et pour moi-même, qui devais tenir la partie de piano, ce quatuor pour violon, clarinette, violoncelle et piano. C’était les gens que j’avais à côté de moi.
Mais je l’ai écrit absolument sans instrument, n’ayant absolument aucun moyen de vérification, uniquement par l’audition intérieure. Je suis très fier parce que je n’y ai rien changé et je crois que c’était bien puisque je n’ai rien eu à changer.
Mais je ne l’ai pas entendu, sauf trois jours avant ma libération : les officiers allemands ont décidé, puisque j’avais fait cette oeuvre en captivité, qu’on allait la donner pour les camarades de captivité. Alors, on a réuni, dans un immense bloc, malgré le froid intense et tout, on a réuni, je ne sais pas, moi ! 10 000 personnes de toutes les classes de la société, des ouvriers, des prêtres, des médecins, des directeurs d’usine, des professeurs de lycée, enfin des gens de tous genres et de tout poil, et on a donné pour eux ce quatuor – très mal, c’était horrible.
Moi, j’avais un piano droit dont les touches s’enfonçaient et ne voulaient pas se relever. Quand j’avais fait un trille, il fallait que je reprenne les touches à la main pour qu’elles remarchent. Le pauvre Akoka avait une clarinette dont une des clefs avait fondu à côté d’un poêle, et le pauvre Pasquier jouait sur un violoncelle à trois cordes. Heureusement, il avait l’ut grave. Sans cela il n’aurait pas pu jouer du tout.
Eh bien ! malgré ces circonstances abominables, nous avons joué, et je ne sais pas si le public a compris, parce que ce n’était pas des connaisseurs en musique, mais c’était des gens malheureux comme nous. Ils ont été tout de même touchés parce qu’ils étaient malheureux et que nous étions aussi malheureux et que c’était une oeuvre faite par un compagnon de captivité, et ça a été, je crois, le plus beau concert de toute mon existence.
Olivier MESSIAEN