Joshua Bell dans le metro

30 septembre 2008 par Eli

bell.jpgFaut-il tout le rituel d’un concert classique pour pouvoir apprécier de la grande musique jouée par un grand musicien ?
Ou bien, le monde serait-il sur le point de devenir insensible à l’art de J.S. Bach ? ou à celui de Joshua Bell ?

Je vous propose de visionner le résultat, bien triste à mon goût, d’une prestation donnée par le violoniste Joshua Bell. L’idée vient d’un célèbre humoriste américain  Gene Weingarten (Prix Pulize 2008) : faire jouer cette star mondiale du violon dans une station de métro le matin à l’heure de pointe. Cela se passe à Washington…

Joshua Bell dans la Chaconne de la Partita BWV 1004 en ré mineur de J.S. Bach

Si vous préférez l’entendre en vrai, dans une vraie salle de concert, et avec des vrais habits de concert, rendez-vous le 4 octobre à Gand (Bijloke). Un magnifique programme vous attend, avec les Quatre Saisons de Vivaldi et la Jeune Fille et la mort de Schubert (malheureusement, j’ai un concert ce jour-là et ne pourrai donc pas être à Gand!). L’orchestre sera le UBS Verbier Festival Chamber Orchestra, dirigé par Joshua Bell.

Sources
www.washingtonpost.com - l’article “Pearls Before Breakfast” (en anglais) de Gene Weingarten
www.pulitzer.org - site autour des Prix Pullizer (en anglais)
www.festivalgent.be - site du festival de Flandres (pour réserver pour le concert!)
www.joshuabell.com - site du violoniste Joshua Bell

Posté dans Info/intox

50 commentaires

  1. Par Emmanuel

    Ça ne m’étonne pas du tout. D’abord parce que le classique est de plus en plus ignoré du grand public, et découlant de cela, que l’immense majorité des gens, non seulement ne captent pas le talent immense de l’interprète, mais aussi ne le connaissent tout simplement pas.
    A leur décharge, ces gens sont aussi probablement absorbés par leurs préoccupations du boulot, et que jouer Bach dans un endroit pareil n’est pas vraiment indiqué pour l’apprécier comme il le faudrait, avec le brouhaha typique du métro.

  2. Par Eli

    C’est sûr que s’il avait joué des extraits du film le Violon Rouge, il aurait eu plus de succès (c’est lui qui interprète la “bande son” dans le film, une musique écrite par John Corigliano).

  3. Par Emmanuel

    Pas sûr que ce film soit assez connu pour que la musique puisse être reconnue, surtout dans un endroit comme celui-ci où les gens ne font guère attention…

  4. Par Jean

    Je ne suis pas un expert du violon comme vous mais j’ai bien aimé voir Joshua Bell interpréter Le Violon rouge à la Place des arts de Montréal, la semaine dernière.

    Pour ce qui est de l’expérience du Washington Post, cela m’avait aussi désolé quand cela est sorti…

  5. Par Eli

    Très beau votre article : musique.jeanlalonde.ca/index.php/musique/joshua-bell-le-violon-rouge#more61
    Et merci pour le commentaire !

  6. Par Autour du violon… » Blog Archive » De l’usage du métronome

    […] autre article sur ce blog est connecté à ce sujet : Joshua Bell dans le metro Posté dans Divers Laissez votre […]

  7. Par Autour du violon… » Blog Archive » La STIB aime la musique classique ?

    […] Caprice pour violon seul de Paganini, joué à une vitesse folle. J’ai eu beau chercher Joshua Bell partout, je ne l’ai pas trouvé… En réalité, la STIB diffuse de la musique […]

  8. Par Marc Tettiravou

    Salle pleine de concert, salle virtuellement vide dans le métro. Tout un symbole et bel exemple de proportionnalité. Il y a fort à faire au niveau de l’Education ! Le socle minimum des connaissances….on en est encore loin ! Au fait… dans quelle station joue Joshua ? J’y ferais un détour pour aller écouter la Chacone.

  9. Par Lel

    Oui, le problème est là: éducation, formation.

  10. Par Eli

    L’article du washingtonpost mentionne L’ENFANT PLAZA STATION. mais ce n’était qu’une expérience…
    Éducation, et oui, mais par qui commencer, les grands-parents ?

  11. Par Lel

    Voici ce qu’un collègue m’a envoyé par mail aujourd’hui:

    “Le musicien de rue était debout devant l’entrée d’une station du métro de Washington DC quand il a commencé à jouer du violon.

    C’était un matin froid de décembre. Il a joué durant 45 minutes. Pour commencer, la chaconne de la 2e partita de Bach, puis Schubert “Ave Maria”, du Manuel Ponce, du Massenet et de nouveau du Bach.

    A cette heure de pointe, vers 8 h du matin, quelques milliers de personnes ont traversé ce couloir, pour la plupart en route vers leur boulot.

    Après 3 minutes, un homme d’âge mûr a remarqué qu’un musicien jouait. Il a ralenti son pas, s’est arrêté quelques secondes puis a démarré en accélérant.

    Une minute plus tard, le violoniste a reçu son premier dollar : en continuant tout droit devant, une femme lui a jeté l’argent dans son petit pot.

    Quelques minutes ensuite, un quidam s’est appuyé sur le mur d’en face pour l’écouter mais il a regardé sa montre et a recommencé à marcher. Il était clairement en retard.

    Celui qui a marqué le plus d’attention fut un petit garçon qui devait avoir 3 ans. Sa mère pressée l’a tiré, mais l’enfant s’est arrêté pour regarder le violoniste. Finalement sa mère l’a secoué brutalement afin que l’enfant reprenne le pas. Toutefois, en marchant, il a gardé sa tête tournée vers le musicien.

    Durant les trois quarts d’heure de jeu du musicien, seules 7 personnes se sont vraiment arrêtées pour l’écouter un temps. Une vingtaine lui a donné de l’argent tout en continuant leur marche. Il a récolté 32 dollars.

    Quand il a eu fini de jouer, personne ne l’a remarqué. Personne n’a applaudi. Seule une personne sur 2009 l’a reconnu.

    Personne ne savait que ce violoniste était Joshua Bell, un musicien virtuose couronné internationalement. Il a joué dans ce hall des partitions parmi les plus difficiles avec un Stradivarius de 1713 valant 3,5 millions de dollars.

    Deux jours avant de jouer dans le métro, sa prestation au théâtre de Boston était “sold out” avec des prix avoisinant les 100 dollars la place.

    Cette histoire est une histoire vraie. Joshua Bell jouant incognito dans une station de métro est une expérience organisée par le “Washington Post” dans le cadre d’une enquête sur la perception, les goûts et les priorités d’action des gens.

    Les questions étaient : dans un environnement commun, à une heure inappropriée, pouvons-nous percevoir la beauté ? Nous arrêtons-nous pour l’apprécier ? Reconnaissons-nous le talent dans un contexte inattendu ?”

  12. Par Autour du violon… » Blog Archive » Joshua Bell dans “Les insurgés” (Defiance)

    […] film” d’une grande vedette de nos scènes classiques internationales (et accessoirement “violoneux” de station de métro), Joshua Bell, dans une partition du compositeur sept fois nominé aux Oscars James Newton […]

  13. Par laotseu63

    Bonjour,
    C’est après avoir entendu cette histoire sur France-Culture, ce matin, que je suis allé directement sur le site du Washington Post, où le journaliste et humoriste à l’origine de l’expérience répond à de nombreuses questions et commentaires (en anglais), dont certains très intéressants.
    http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/discussion/2007/04/06/DI2007040601228.html

  14. Par Goton

    Bonjour,
    je suis assez étonnée de constater que cette expérience n’engendre comme réaction que les habituels poncifs sur l’éducation et l’apprentissage du beau. De mon côté, ce qui me marque - me touche - le plus dans cette expérience est la réaction de l’enfant de trois ans, l’être a priori le plus proche d’un “état de nature”, qui se laisse capter instinctivement, surprendre par la beauté. Il me semble que ce qui est aussi en question dans cette expérience est notre capacité à nous laisser pénétrer par le monde qui nous entoure, à sortir de notre bulle et j’aurais davantage envie de parler de ré-éducation, de la nécessité de retrouver une certaine capacité à s’émerveiller…

  15. Par Eli

    Effectivement, c’est une donnée importante. On peut d’ailleurs le constater plus largement dans le domaine de la musique contemporaine, où les jeunes enfants prennent beaucoup de plaisir et ne sont absolument pas dérangés par les “dissonances” ou le manque de tonalité. A ce sujet d’ailleurs, je vous conseille d’écouter cette expérience musicale de Pierre Schaeffer (groupe de recherches musicales de la radio diffusion télévision française) sur le conditionnement musical, qui remet en cause pas mal de nos convictions :
    http://www.ina.fr/sites/ina/medias/upload/grm/webradio/v2/backup/exp_2/index.html

  16. Par Lel

    Sans vouloir jouer les rabat-joies, n’extrapolons-nous pas un peu vite ces conclusions au sujet de l’attitude de cet enfant? De par son très jeune âge, et donc par sa propension naturelle à la découverte, peut-être était-il simplement très curieux, ce qui est déjà très positif, j’en conviens. Mais de là à parler d’état d’émerveillement, je ne m’avancerais pas aussi vite, même si c’est tout à fait possible. Reste qu’en effet, un enfant aussi petit n’est sans doute pas encore trop conditionné par le milieu culturel, familial et social. Car à peine quelques années plus tard, c’en est fini. A 9-10 ans (voire bien avant), les notions du beau et du laid sont déjà terriblement référencées. Donc, j’en reviens aux “poncifs” éducation-formation… Car apprécier la beauté s’apprend aussi et surtout, malheureusement.

  17. Par Eli

    Emerveillement, curiosité … En tous cas, on peut souligner que cet enfant n’était pas pressé, et aussi, comme son statut d’enfant l’indique, qu’il devait être accompagné d’un être adulte qui lui a laissé la possibilité de ce moment de curiosité, voir d’émerveillement.

  18. Par Lel

    Ici, il (elle) lui a à peine laissé cette possibilité…

  19. Par Charles

    Apprendre à apprécier la beauté … que-ce que la beauté ? c’est purement subjectif. Pourquoi devrait t’on s’émerveiller sur telle ou telle oeuvre ?
    L’habitus de Pierre Bourdieu y est pour beaucoup dans notre perception des choses …

  20. Par Lel

    Certes, rien n’est moins objectif que la beauté et la laideur, car les formes de beauté sont infinies. Malheureusement, si certains peuvent apprécier ces différentes formes, beaucoup en sont limités à une ou au mieux quelques unes, non pas pour une question d’intellect, mais effectivement de par leur sensibilité, leur formation et leur mode de vie (le fameux habitus cher à Bourdieu, encore que celui-ci y inclut le niveau social, ce qui n’est pas nécessairement vrai). Mais ce que l’on peut parfois difficilement discuter, c’est la valeur reconnue d’une création “classique”, par exemple, qui n’est donc, elle, pas toujours subjective, au-delà des concepts du beau. Il est indiscutable que cette Partita de Bach et le talent de J. Bell sont de haute valeur artistique, que l’on aime ou pas cette pièce ou ce violoniste. Dès lors, quand la minorité d’admirateurs de ces pièces et artistes reconnus devient aussi ténue, c’est tout de même triste, voire inquiétant! Certes, il y en a qui ne s’émerveilleront jamais de rien. Moi, ce que je vois, c’est qu’à force de clamer aujourd’hui que tout est égal à tout, on en arrive à ne plus être capable de s’intéresser à ce qui vaut réellement la peine en art, sous le prétexte fallacieux et très commode d’”élitisme”… Car la majorité des gens est potentiellement capable d’apprécier les différentes formes et styles d’art. Mais dans le réel…

  21. Par Ben

    Il a été payé pour jouer là, sinon l’aurait-il fait de lui-même ? Non.

  22. Par Lel

    La question n’est pas là. Lire l’étude en question sur le lien plus haut. Je dois dire qu’à sa place, je ne l’aurais sûrement pas fait de mon propre chef non plus!

  23. Par dubitatif

    Par le moyen artistique qui vous plaira, tentez de retenir l’attention de quidam dans le métro.
    Je suis convaincu que le résultat sera proche de celui décrit.
    Mais la question est : est-ce l’absence de culture (et de curiosité) de la population du métro qu’il faut incriminer ? Cette indifférence n’est-elle pas plutôt dû au fait que ces gens sont ‘interpelés’ dans un lieu de passage (une entrée de métro …pas même un quai où l’on s’arrête), un lieu où tout individu ‘fait sa bulle’, évite tout échange, un lieu où l’on passe, bien souvent on est en retard ou juste à l’heure pour aller à un prochain rendez-vous ou récupérer bébé à la crèche à temps.
    Je pense sincèrement que le choix du lieu de l’expérience conditionne une grande part du résultat plus que le programme, l’interprète et la culture des sujets de l’expérience, ne croyez-vous pas ?

  24. Par Lel

    Je suis assez d’accord avec vous (voir mes premiers commentaires tout en haut), mais cela n’explique pas tout. Je serais assez curieux de voir les réactions des gens si l’on faisait jouer un bon chanteur rock, pas nécessairement connu, avec sa guitare. Je crois quand-même qu’il y aurait nettement plus de réactions, même si bien sûr, moins de gens auraient l’attention attirée que dans un lieu plus propice.

  25. Par Marsyas

    32$ en 3/4 d’heures, à jouer tout seul à une sortie de métro, c’est pas mal du tout comme performance! Vous pouvez m’en croire: je suis musicien de rue depuis plus de 30 ans.
    Tirer des conclusions de cette histoire? Pourquoi faire??? C’est juste une histoire; à chacun de s’en régaler à sa façon.
    Quand aux enfants: leur présence est toujours comme une fleur dans la grisaille…

  26. Par Lel

    Vous avez raison, 32$ en 45 minutes, c’est bien, mais l’important de l’expérience ici, c’était justement et surtout de voir quelle aurait été la réaction des gens face à un musicien comme lui jouant une partition telle que celle-là.
    Ça ne vous fait quand-même pas plaisir lorsque quasi personne ne vous écoute?
    Dans ce cas-ci, plusieurs personnes lui ont certes jeté de l’argent, mais sans s’arrêter, sans même le regarder, donc sans l’écouter. Relisez l’article: “Cette histoire est une histoire vraie. Joshua Bell jouant incognito dans une station de métro est une expérience organisée par le “Washington Post” dans le cadre d’une enquête sur la perception, les goûts et les priorités d’action des gens.
    Les questions étaient : dans un environnement commun, à une heure inappropriée, pouvons-nous percevoir la beauté ? Nous arrêtons-nous pour l’apprécier ? Reconnaissons-nous le talent dans un contexte inattendu ?”

  27. Par lecancre

    Mais qui êtes vous donc ? N’avez vous pas de contrainte de temps dans votre travail ? N’avez vous pas peur de vous faire “mal voir” par votre patron, votre contremaitre, votre supérieur si vous arrivez en retard au travail ? Prendriez vous comme excuse: “Je suis désolé(e) Monsieur, Madame, mais je me suis arrêté(e) devant un immense talent pour pouvoir écouter des chefs d’oeuvre ?”
    Nous nous arrêtons quand nous POUVONS nous arreter..Cela ne veut en aucun cas dire qu’une personne qui ne s’arrete pas ne reconnait pas la “beauté”, est “insensible” ou n’a pas les qualités necessaires ou l’education lui permettant d’apprécier quoi que ce soit dans un cadre qui n’est pas “fait” pour ça.
    Dans un contexte différent, dans un parc par exemple, un dimanche après midi, le résultat aurait sans doute permis de tirer d’autres conclusions, plus “flatteuses”…
    Ou plus simplemnt le soir..APRES le travail, ça change tout…..Que voulait on prouver en faisant cette “expérience” ? Que le matin en semaine les usagers de tous les métros du monde sont pressés de se rendrent à leurs travail ? C’est un fait…..

  28. Par Lel

    Certes, le lieu et le moment ne s’y prêtent pas, mais entre ne même pas le remarquer, et ralentir son pas pour le regarder et l’écouter quelques secondes, il y une marge.

  29. Par lecancre

    Que savez-vous des personnes qui, entendant quelques notes de ce “concert”, se sont dit :
    “tiens, en voilà un qui joue bien. Bien mieux que l’accordéonniste d’hier, le type qui jouait de l’harmonica avant hier, et autrement mieux que celui qui nous chantait à tue tête ses propres compositions inaudibles la semaine dernière”.
    “Par ailleurs je n’ai plus envie de donner de l’argent, j’en ai marre de donner, je suis pressé, mais les quelques pas que je vais faire en l’écoutant vont être plus agréables que d’habitude… Et si je m’arrete je vais me sentir obligé de lui donner une pièce, ras le bol de ces quetes incessantes, meme si ce type joue vraiment bien….”

    Savez vous quelle proportion de personnes ont pu se dire ça ? Moi non, mais j’imagine que cela a pu arriver bien plus d’une fois…Pas besoin de ralentir sa marche pour penser, pour apprécier.Car effectivement, à cette heure dans ce lieu la necessité est autre. Ont prend rarement le métro par plaisir le matin.
    Franchement, à quoi “servirait” de s’arreter “quelques secondes” comme vous dites. On s’arrete pour ECOUTER, ou on ne s’arrete pas…L’entre deux est frustrant.Et quelles conclusions définitives certains sociologues amateurs ou non en tireraient ? Qu’au dela de quelques secondes le quidam moyen se lasse de la “beauté” et revient tellement vite à de tristes considérations pratiques comme ne pas louper son métro ? Pff….Franchement, les pauvres, “ils” ne savent pas ce qu’ils perdent…Heureusement que “nous” sommes là pour relever le niveau en sachant savourer Massenet, même dans un endroit où il fait froid, où l’accoustiques est lamentable, où on se fait bouculer….

  30. Par Eli

    Vous avez certes tout à fait raison, mais n’est-ce pas la société entière à reconsidérer à travers cette expérience…
    Pourquoi doit-on chronométrer son temps de sorte qu’il n’y ait jamais de place pour autre chose que des gestes robotiques, en particulier le matin ?
    Quelle place pour tous ces “mendiants” musiciens ? Et pourquoi en a-t-on toujours marre de donner ?
    Enfin, cela ne vaut-il pas la peine de profiter d’un peu de beauté, ne fut-ce que trois minutes ? Frustration peut-être… mieux vaut ne pas s’octroyer trois minutes de bonheur dans la vie, que de s’infliger la dure douleur de ne pouvoir en profiter quatre minutes ???
    Bien sûr, l’endroit est nettement moins agréable que la douceur du canapé d’un salon cossu, l’acoustique d’une chaîne hifi dernier cri et l’égoïsme d’un plaisir solitaire!!! Sans compter le risque, à cause des courants d’airs, d’infliger à votre patron, contremaître, supérieur, un “arrête maladie” des plus mal venus!
    Oui, cette expérience prête à tous les verbiages intellectuels dignes de sociologues amateurs ;-)

  31. Par Lel

    Quand je disais quelques secondes, j’aurais pu dire quelques minutes. De toute façon, le résultat est là. Car je doute que 99% de ces gens étaient vraiment si en retard. Dire que passer à toute vitesse devant lui sans même le regarder pourrait suffire à l’apprécier un tant soit peu, c’est de plutôt de l’humour. Comme vous dites, on s’arrête, mais si on est réellement très pressé, on ralentit, on s’arrête 30 secondes, 2 ou 3 minutes et on repart, contraint par nos urgences. En tout cas, c’est ce que je ferais si je me trouvais dans ce cas, même si l’un n’est pas l’autre, c’est vrai. Et la réticence de pas mal de gens à ouvrir leur porte-monnaie n’explique pas tout. Beaucoup auront même envie de donner si le musicien est bon et les touche. D’autres comme ici, donnent machinalement sans manifestement écouter.
    Ceci dit, je trouve cette expérience intéressante, mais évidemment très insuffisante pour en tirer des conclusions définitives, je suis bien d’accord. Mais il y a tout de même quelques, disons “orientations”. Il faudrait en effet la reproduire à d’autres heures, avec d’autres types de musique, d’autres artistes, dans d’autres lieux publics, etc…

  32. Par Soloist

    Bonjour,
    Est ce que quelqu’un a entendu parler du film “Le Joueur de Violon” de Charlie Van Damme (1993) ?
    Dans lequel Ricard Berry interprète le rôle d’un virtuose descendant dans les bas fonds du métro parisien pour tenter de capter l’attention des passants avec la Chaconne De Bach ?
    Ce film est inspiré du Livre Le “Musikant” de HODEIR ANDRE.
    Ce n’est pas sur une idée d’un humoriste Américain et le but était, je pense, de voir s’il le commun des mortels pouvait être atteint, ému, capté, dérangé par cette Œuvre classique.
    Par contre je trouve plutôt rassurant que dans des conditions aussi difficiles, des gens, dans leur quotidien, s’arrêtent et apprécient…
    Sortir cette œuvre de son milieu habituel était osé et pour moi cela est reussi.
    Il n’y a pas de rapport a l’argent la dedans, un Stradivarius ou un taquet….un artiste international, ou un inconnu passionné, quelle importance…l’Œuvre, sa force, l’interprétation, la foie de l’interprète dans ce qu’il joue …oui
    Musicalement…

  33. Par Lel

    Je me souviens avoir entendu parler de ce film, mais je ne l’ai pas vu. Je vais tâcher de le trouver à louer. Il illustre en effet parfaitement le propos.
    Mais je ne sais pas si l’expérience de J. Bell peut-être considérée comme réussie, puisque sur quelques milliers de passants, seuls quelques-uns se sont apparemment intéressés à lui. Non, le côté finance n’a en effet aucun rapport, ni même le fait que l’artiste soit célèbre ou pas, mais c’était, à mon avis, surtout pour insister sur la qualité évidente de l’interprète…

  34. Par lecancre

    Une expérience telle que celle-ci n’a pas a etre couronnée de succès ou non. C’est une expérience à partir de laquelle on tire des conclusions… En fonction de ce que l’on veut démontrer….La célébrité de l’artiste, la valeur de l’instrument, ne sont pourtant pas des choses anodines dans l’énoncée de l’expérience. Pourquoi indiquer que le violon valait x millions de $ ? pourquoi avoir choisi LE virtuose ? Pourquoi le washington Post n’a pas réalisé cette meme expérience avec un étudiant jouant sur un violon de moyenne facture ? Les conclusions de l’expérience auraient probablement été identiques.
    Pas le coté médiatique bien entendu.
    Par ailleurs, opposer les 30 et quelques dollars recceuillis aux prix des places de concert de Bell est tout simplement malhonnete. Mettre en avant le prix du violon n’a aucun intéret. Dans un lieu comme celui-ci (que je ne connais pourtant pas)stradivarius ou bon violon d’étude ne change sans doute pas grand chose pour les oreilles des usagers du métro au regard du brouhaha ambiant. Cela sert uniquement l’aspect communication de l’opération. Aspect parfaitement bien maitrisé par le Washington Post.
    Au moins, ce fut un très beau coup médiatique.Dont on parle encore plusieurs mois après, et qui revient aujourd’hui sur internet comme s’étant passé au debut de l’année 2009….Ca c’est du “Buzz” entretenu !

  35. Par lecancre

    Tout de même….Quel était le public cible de cette expérience ? les cadres dynamiques ? les CSP+ ? Les artistes de tous poils ? Les professions libérales avocats medecins, psy et autres consultants ? Dans le hall du métro pour se rendre a leur travail ? Je ne suis pas certain que ce soient eux qui étaient visés non plus qu’ils se trouvaient au rendez-vous secret…Alors quand je lis “douceur d’un salon cossu” “chaîne hifi dernier cri”, je me dis qu’effectivement nous ne parlons pas des mêmes personnes.
    Quant au chronométrage….Je vous assure que pour beaucoup, la course contre le temps est un véritable combat, une contrainte à laquelle vous semblez pouvoir échapper, j’en suis ravi pour vous ! Je me permettrais de répondre à votre “pourquoi doit on chronométrer” par un “paceque… Y a pas l’choix”. D’autant plus dans un pays où on se fait virer de son boulot du jour au lendemain. Sans préavis et qu’il y a tous les crédits à rembourser..Et je ne parle pas ici du crédit de la chaîne hifi dernier cris ni de celui de ce merveilleux canapé en cuir tellement design accompagné de son fauteil tellement tendance !
    Meme si j’aime bien vous lire par ailleurs, que j’aime bien l’idée qu’il faille reconsidérer la societé entière.Mais certainement pas à cause de cette mascarade.

  36. Par Eli

    Lorsque j’ai posté ce modeste article (en septembre 2008), je ne me doutais pas que ce serait “le” sujet de la rentrée de janvier 2009. Il m’avait semblé, très humblement, que cela faisait réfléchir à certaines choses…
    Et c’est ce que tous ces commentaires finissent par démontrer, me semble-t-il : certes l’expérience est insuffisante, partiale sans doute, mais elle nous renvoie à nous-même, finalement. Et si j’étais passé(e) par là ce jour-là?
    Personnellement, arrivant toujours bien à l’avance à mes cours (parce que justement j’y vais en transports en commun et ne suis pas à l’abri d’un suicidé sur les rails qui a pour conséquence de stopper momentanément la circulation des métros et me ferait donc arriver en retard et peut-être virée, avec préavis) je fais partie de ces gens chanceux qui peuvent échapper un court moment à cette course effrénée contre le temps. (Par contre, je n’échappe pas aux bousculades de ceux qui ont déjà perdu leur course contre le temps !)
    Par contre, il me semble intéressant de mettre en regard cet article et un autre, concernant la programmation musicale diffusiée sur les hauts-parleurs du métro belge (STIB)
    http://blog.zwatla.com/violon/2008/11/04/la-stib-aime-la-musique-classique/

  37. Par Lel

    Mascarade? C’est possible, reste que l’expérience ne fut pas tout à fait inutile, et à la limite, le battage médiatique fait sur cette histoire a au moins le mérite de nous faire réfléchir et de nous faire nous poser des questions. A propos du choix d’un artiste internationalement connu, cela faisait partie du “jeu” (en dehors du fait que ce soit éventuellement discutable), puisqu’il s’agissait de voir aussi si un artiste de cette qualité pouvait influencer l’audition des passants, et aussi de vérifier s’il pouvait être reconnu. Maintenant, un bon étudiant ou un professionnel peu connu aurait-il peu donner les mêmes résultats? Résultats globaux, probablement que oui, mais pour le reste, tout dépendrait de son niveau: ceux qui se sont arrêtés pour écouter J. Bell ne l’auraient peut-être pas fait s’il s’était agi d’un musicien de niveau moyen. Difficile à prédire. Le Stradivarius faisait sans doute aussi partie de ce “cahier des charges” , histoire d’aller au bout du concept (super-violoniste, super-morceau, super-instrument), mais n’influence probablement en rien ce genre de test. Un bon violon plus ordinaire aurait sans doute suffi ici. C’est avant tout la qualité du musicien qui compte, c’est évident.
    Certes, une expérience a simplement pour but l’observation de faits, mais le fait que si peu de monde se soit intéressé à J. Bell s’apparente, pour moi qui suis musicien classique, à une forme d’échec, puisque le but d’un artiste (intéresser le plus grand nombre), même dans ce cadre-ci n’a manifestement pas été atteint. Si j’avais été à sa place, je n’aurais tout de même pas été satisfait. Car s’il avait pu attirer beaucoup plus de personnes, nul doute que ça lui aurait fait plaisir.
    L’expérience ne ciblait personne en particulier, ce n’était pas le but. Mais d’autres tests de ce type pourrait en effet être organisés dans des lieux plutôt fréquentés par un certain type de public, ça peut être bien sûr très intéressant aussi…
    Je ne vois pas trop en quoi le fait de parler de “salon cossu”, etc.., pose un problème. C’était juste une comparaison plutôt éloquente par rapport à une écoute dans de mauvaises conditions. Je ne vois pas le rapport avec le niveau social. Il n’en est d’ailleurs absolument pas question dans cette expérience puisque tous les publics étaient visés.
    Quant au “chronométrage”, il s’agit certes de contraintes auxquelles je suis aussi dépendant, comme la grande majorité d’entre nous, mais si on est prévoyant, comme Eli, on peut parfois (quand c’est possible) profiter de certaines choses en passant. Mais je le répète, je doute que 99% des gens étaient pressés au point de ne pas pouvoir accorder ne fut-ce que 30 secondes à un artiste de qualité, car même si son niveau exceptionnel ne peut être perçu que par une petite minorité dans de pareilles conditions, le fait qu’un artiste soit simplement (très) bon devrait suffire à attirer l’attention, même si des lieux pareils peuvent être partiellement une excuse valable.
    Le nombre de questions et de commentaires que cette expérience suscite prouvent à quel point celle-ci était certes intéressante, mais tellement incomplète… Un vraie étude de société avec des expériences multiples dans des conditions différentes pourrait apporter de l’eau au moulin…

  38. Par lecancre

    :)
    Super! J’adore ces échanges! (vraiment)
    Simplement n’oublions pas qu’il ne s’agissait pas d’une “étude”, qu’un humoriste en est l’initiateur (que voulait -il récupérer comme matériaux pour ensuite taper sur la tete de ces pauvres abrutis qui ne savent meme pas reconnaitre etc), et qu’enfin si tous les musiciens de rue récoltaient 32 $ net d’impots en 45 mn, ce qui doit permettre de récolter 200 $ par jour en travaillant 5 heures, je vais peut etre devenir l’un d’eux ! Et en plus je pourrais sensibiliser les foules laborieuses, qui ont rarement la possibilité de s’offrir des places de concerts à 100 $ ! A moins qu’ils ne le veuillent vraiment pas ? A bientôt !

  39. Par Lel

    200$ par jour? Mais avez-vous le niveau de J. Bell? ;-)

  40. Par lecancre

    Si le postulat de départ, ou la conclusion , est que “les gens” ne reconnaissent pas “la beauté”, qu’ils sont insensibles où robotisés,avoir ou non(et non bien sûr !) le niveau de Bell importe peu !
    Non ?

  41. Par Lel

    Certes, mais comme on a constaté qu’il y avait quand-même quelques personnes intéressées, si vous jouez comme un pied, vous n’en verrez pas s’arrêter pour vous écouter, et vous n’aurez pas vos 200$ par jour… peut-être le quart, ou le 10ème… Ou moins.. Non?

  42. Par PDC

    …Pour ce que j’ai toujours pu en observer, il y a un rapport direct entre la quantité de pièces (et parfois de billets) qui tombent dans la sébille du musicien de rue et la qualité (objective) de son jeu…
    Et ça me semble assez évident; et logique.

  43. Par Kristian

    Cela montre tout simplement que ce qui est “décontextualisé” est difficilement appréciable à sa juste valeur. De même, pour certains interprètes de musique actuelle qui sont considérés comme des artistes “incontournables” alors qu’ils le disent eux mêmes, ils ne sont pas musiciens, bénéficient du contexte dans lequel ont les fait évoluer. Cela s’appelle aussi de la “communication”. Je suis d’accord pour dire que ce buzz ne démontre pas que les gens sont des ignares et encore moins “devenus insensibles etc…” Tout individu est sensible à la musique de quelque façon que ce soit, certes rarement connaisseur,mais il est à peu près certain que chaque passant ait reçu une stimulation cérébrale de cette performance sonore à laquelle aucun ne restera, consciemment ou inconsciemment, insensibles . Alors voilà, la réflexion qui me vient, rien n’est “considérable” de façon isolée, tout fait partie d’un tout. Donc l’oeuvre quelle qu’elle soit n’est appréciable que dans une observation précise qui tient compte de l’environnement périphérique (de l’observé), autrement dit de la perception globale. Ce qui est bon pour une oeuvre est valable pour tout. Ce sujet ainsi que la façon de traiter le sujet, montre le danger de l’extraction, de la décontextualisation, de la mise en exergue, par extension, de l’amalgame, ce que j’appelle le “morcèlement du tout”.

  44. Par Eli

    Cela montre aussi à quel point notre “tout” est figé. Pensez-vous qu’au moins un seul des 2002 (2009-7) auditeurs pressés de ce matin-là se soit levé plus tôt le lendemain pour être moins pressé et pouvoir (ré)écouter (un peu) cet artiste …?

  45. Par ala houe

    seuls les enfants savent
    où ils vont,le beau ne s’apprend pas
    joshua bell, il est tombé dans le trou de l’indifference et de la masse populeuse
    il faudrait recommencer l’experience en mettant autour du violoniste un public attentif
    l’effet moutonnier aurait alors joué…

  46. Par mybrandy

    Les artistes, et la sensibilité de l ame peuvent comprendre ce merveilleux récit, notre oreille etonnée nous remercie du beau cadeau, mais ainsi va la vie, courir, et encore courir, hélas! abime tous les sens que DIEU nous a donné..

  47. Par Eli

    A croire que Joshua a fait des émules…
    La chanteuse Lara Fabian, l’actrice Fiona Gélin, l’écrivain Marek Halter et le comédien Bruno Wolkovitch se sont métamorphosés, vendredi 17 avril, en SDF faisant la manche dans Paris. Si ces personnalités se sont prêtées à l’expérience, c’est pour la caméra «Paroles de femmes». L’association laïque et féministe créée par Olivia Cattan va lancer un appel, qui sera diffusé la semaine prochaine sur Internet, pour aider les femmes qui se retrouvent à la rue avec leurs enfants. Elle souhaite collecter des fonds afin d’ouvrir une maison destinée à ces familles monoparentales. (source : http://videos.leparisien.fr/video/iLyROoafJa6T.html)

  48. Par Lel

    .. Sauf que le but de l’opération SDF n’est pas le même…

  49. Par Eli

    Ce mercredi 9 septembre 2009 entre 16h et 17h, les navetteurs et passants ont pu déguster les sons produits par l’Orchestre National de Belgique, installé dans la rotonde de la galerie Ravenstein.
    Pour tenir les spectateurs en haleine, le Klarafestival, organisateur de l’événement, a prévu une petite surprise de taille, de quoi vous assurer qu’il vaut ce jour-là la peine de manquer son train (du Bell, version belge ?) : “le chef d’orchestre Walter Weller passera sa baguette à un chef d’orchestre très renommé. On ne peut pas révéler son identité, pour ne pas gâcher la surprise, mais nous vous assurons que ce chef d’orchestre très flamboyant vous émouvra. C’est avec raison qu’on utilise les mots « génial », « passionné » et « très expressif » quand on parle de lui, surtout quand il dirige les grandes pièces dramatiques. Et c’est aussi une primeur, car ce sera la première fois qu’un dirigent si connu dirigera un orchestre belge. Un concert gratuit à ne pas manquer donc ! “
    Source : http://www.klarafestival.be/fr/category/type-concert/special-event
    Mais de qui s’agissait-il ?

  50. Par Bolby

    Tout homme, toute femme a quelque chose de beau en lui …

    Cette histoire m’invite à y faire plus attention, même quand les conditions ne s’y prêtent pas.

    Peut-être même surtout quand les conditions ne s’y prêtent pas.

    Parce que c’est peut-être à ce moment-là que l’autre en a le plus besoin.

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